Éditorial du Mois

La mort vous va si bien

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Dans une société qui essaye à tout prix d’oublier la mort, qui fait vivre chacun comme si cette dernière n’existait pas, rappeler qu’il y a un mois spécialement dédié à la prière pour les défunts relève presque du scandale.

Pourtant, si nous devons, pour vivre en bon chrétien, avoir cette charité pour ceux qui nous ont précédé vers l’au-delà, c’est que, justement, cette mort qu’ils ont franchie doit être un évènement à ne surtout pas rater. C’est ainsi que le philosophe Fabrice Hadjadj a donné ce titre étonnant à l’un de ses livres : « Réussir sa mort » en expliquant que si, aujourd’hui, l’objectif principal du commun des mortels était de réussir sa vie, lorsque la mort approche réellement, c’est alors un vent de panique qui monte car survient la prise de conscience que durant des années, on a raté l’objectif essentiel de notre vie : préparer notre mort, pour mourir en saint, et non en insensé.

Pourquoi ne pas profiter de ce mois de novembre 2021 pour jeter un regard lucide sur le terme de notre existence naturelle, et accorder notre agir selon ce terme ?

Mais comment faire, concrètement ? La vérité est que pour bien préparer sa mort, l’astuce est d’accepter de vivre, à certains moments de notre courte vie, quelques petites morts, afin de laisser la vraie Vie (celle de Dieu) prendre toute la place.

Un saint est celui qui accepte, chaque jour, de mourir au péché, pour vivre à la vertu. C’est celui qui inlassablement tue le vieil homme, le vieil Adam, pour permettre à l’homme-Dieu, le Christ, de vivre et grandir en lui. Si le saint, chaque jour, meurt à lui-même, c’est pour mieux vivre avec le Christ.

C’est ainsi que l’on peut dire que les saints sont des êtres qui ont accepté de mourir avant que la mort ne les prenne. Les saints ont pris le diable de vitesse, car résolus à tuer le péché en eux, ils se sont appliqués à ne laisser aucune accroche au tentateur.

En effet, si nous sommes morts au péché, Satan ne peut plus nous tuer. Il a, certes, la permission de « roder dans le monde en vue de perdre les âmes », mais chacun sait que jamais nous ne péchons sans donner, de notre côté, la permission au mal de nous influencer.

Tous les saints du ciel y sont car ils ont refusé le péché. Ils n’ont pas voulu donner au péché le moindre droit de vie sur leur âme. Ce qui fait que « la peine de mort [avec laquelle nous naissons à cause du péché originel] peut se transformer en grâce de vie » d’après les mots de Fabrice Hadjadj.

Le moment final de notre vie pour lequel nous supplions la saint Vierge de nous garder à chaque « Je vous salue, Marie », deviendra alors un moment de grâce où définitivement, nous seront libérés du mal, du péché, et de la crainte de tomber.

Laissons Mère Teresa nous le dire avec ses mots avant d’achever cette courte méditation : « La mort, en dernier ressort, n’est jamais que la plus aisée et la plus rapide des voies pour retourner à Dieu. Si seulement nous pouvions faire comprendre aux gens que nous provenons de Dieu et que nous devons lui revenir. La mort est le plus crucial instant de toute vie humaine. Elle est tel un couronnement…»

Que ce mois de novembre nous soit une occasion de plus de rechercher la grâce et la vertu afin qu’au jour où le Seigneur nous proposera de revêtir la mort, les anges puissent s’exclamer : « La mort lui va si bien ! Il devait revêtir un habit de condamnation, et le voilà avec un habit de lumière ! »

 

Abbé Cyrille Perret