Éditorial du Mois

« MAIS PRIEZ »

 

L’expression est de la Sainte Vierge, dans le ciel de Pontmain. Si un élève commençait un texte par « Mais », il se ferait sans doute corriger ! Marie semble aller au plus court, comme si elle envoyait un télégramme ou un texto, avec des mots sous-entendus : La France est en guerre, mais… Vous êtes éprouvés, mais… Elle pourrait nous dire : 2018 aura ses combats, mais…

C’est dans l’obscurité que brillent les astres. Le 17 janvier 1871, c’est dans l’hiver de Pontmain, quand la guerre est pesante, que Marie apparaît.

« MAIS PRIEZ MES ENFANTS ». Les lettres s’inscrivent une à une aux pieds de l’apparition, tandis qu’une veillée de prières est improvisée par la paroisse. Notre-Dame semble bénir l’amour filial dont le curé Guérin avait donné l’exemple. Il avait fait peindre le plafond de l’église tout en bleu avec des étoiles : Marie revêt ces couleurs. Chaque matin il allumait quatre cierges près de sa statue : quatre bougies s’allument autour d’elle. Marie agite les doigts pour rythmer un cantique en souriant. Au fur et à mesure que s’égrènent les chants, l’apparition grandit, et les étoiles se multiplient sur sa robe, comme si la prière persévérante donnait plus d’éclat à son mystère.

« DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS ». Trois jours après, les Prussiens se retirent. Onze jours après, l’armistice est signé. Les 38 hommes du village qui étaient partis à la guerre reviennent tous sains et saufs. Dans la dernière phase de l’apparition, après la croix rouge, ce sont deux croix blanches qui se montrent sur les épaules de Marie, deux croix de lumière : la Passion débouche sur la victoire.

« MON FILS SE LAISSE TOUCHER« . C’est la troisième phrase qui s’inscrit silencieusement dans le ciel, et cette phrase est soulignée. Marie a tenu à pleines mains la croix rouge du sacrifice. Elle l’a inclinée vers les hommes, pour nous faire contempler celui qui se laisse blesser par nos détresses et toucher par nos prières. Or cette dernière phrase est sans point final. Autre erreur de grammaire ? N’est-ce pas plutôt que l’Etoile continue d’attirer nos regards ?

Ô toi, qui que tu sois, qui te sais vacillant sur les flots de ce monde parmi les bourrasques et les tempêtes plutôt que faisant route sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre,
si tu ne veux pas sombrer dans les bourrasques.

Quand se déchaînent les rafales des tentations, quand tu navigues dans les récifs de l’adversité, regarde l’étoile, appelle Marie. Si l’orgueil, l’ambition, la jalousie te roulent dans leurs vagues, regarde l’étoile, crie vers Marie. Si la colère, l’avarice ou les sortilèges de la chair secouent la barque de ton âme, regarde vers Marie…

Dans les dangers, les angoisses, les incertitudes, invoque Marie, crie vers Marie ! Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur…

Si tu la suis, tu ne t’égares pas  ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la gardes en ta pensée, tu ne trébuches pas. Si elle te tient, tu ne tombes pas ; si elle te protège, tu ne crains pas.

(Saint Bernard)

 

                                                                                                                                                                         Abbé Augustin Cayla