Éditorial du Mois

Notre Temps et notre Éternité

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La grande joie de Noël et le témoignage sublime de Epiphanie (=manifestation de Dieu) s’effacent peu à peu ; l’Eglise nous propose alors de méditer sur les premiers moments de la vie du Christ sur terre. Mais cette succession de mystères laisse peu de temps, en réalité, pour savourer chaque merveille que Dieu a fait pour nous, en nous donnant son Fils. Nous pourrions donc avoir la tentation de repartir dans nos précipitations quotidiennes ; métro-boulot-dodo, et une matinée simplement par semaine, concentrer un peu notre attention vers Dieu, dans la messe. Parce que, honnêtement, méditer la vie de Dieu fait homme, c’est un exercice parfois bien difficile, un acte d’amour bien exigeant.

Le piège est là, comme après toute reprise de notre routine ; il faut régulièrement s’extraire du présent, pour rejoindre le Dieu trinitaire, dans son éternité : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui doit venir, le Tout-Puissant. » (Ap 1, 8). L’homme vit dans le temps, Dieu vit dans l’éternité – mais Il s’est incarné, dans le temps, pour que nous retournions à Lui pour l’éternité. Il faut donc entrer en prière, en oraison, parcelle d’éternité. Toutes les créatures chantent la gloire de Dieu; le vent froid, les arbres endormis, le feu dans la cheminée… Ne soyons pas en reste, participons, comme les bergers, les mages, Siméon et Anne, aux chants d’actions de grâce et de demande de miséricorde lancés vers le ciel.                     

                     Rappelle-toi non ce que tu es, mais ce que tu seras.

                     Ce qui est ne dure qu’un instant ; ce qui sera est éternel. 

                     […] Prends garde de vendre le ciel où est ton héritage et pour l’éternité !

                       (Règle de St Colomban, monastère de Luxeuil)

Un catholique n’attend pas sans rien faire cette éternité bienheureuse ; il travaille à sa sanctification et à celle des autres, il est heureux de vivre dans le monde que Dieu lui a confié, malgré les blessures du péché originel et de nos péchés personnels. Il essaye, en toutes ses pensées et ses actions, d’avoir Dieu en arrière-plan ; comme le fond d’écran de son portable, que l’on voit régulièrement, d’un coup d’œil. Les hommes doivent se soucier du Dieu éternel, parce que Dieu se soucie de l’homme imparfait et temporel. « Il y en a qui pensent que Dieu ne se soucie point des choses humaines, et que celles-ci vont au gré du hasard. C’est contre eux qu’il est écrit : Il observe lui-même sous tous les cieux et sa lumière éclaire les extrémités de la terre. (Jb 37, 3) Ce qui veut dire : Celui qui régit les choses les plus hautes ne délaisse point les plus basses ; il se livre en effet aux premières, sans que cependant le souci de les bien diriger l’empêche de penser aux secondes. Celui qui est partout présent est partout égal à lui-même, il ne se montre pas inférieur dans les choses inférieures. » (St Grégoire, Mor. in Jb) St Benoît le dit plus lapidairement : « En tout lieu, venir pour certain que Dieu nous voit. » (49° instrument de la perfection)

Une très belle prière, commune à plusieurs rits orientaux, s’appelle l’Adieu à l’autel (équivalent de notre Placeat, avant la bénédiction finale). Elle conjugue à merveille notre nécessité d’affronter les vicissitudes de notre vie terrestre, et notre désir de l’éternité bienheureuse, dont la messe est déjà une réalisation. « Demeure en paix saint autel, et que je revienne en paix vers toi. Que mon offrande soit pour le pardon des fautes et la rémission des péchés. Que je puisse me tenir debout devant le trône du Tout-puissant, sans confusion ni honte. Je ne sais si je reviendrai offrir une autre Eucharistie. Seigneur Dieu protégez-moi, et gardez votre Sainte Église comme chemin pour le salut ! »

Abbé Thomas Souville