Éditorial du Mois

Felix culpa!

Au sommet de notre année liturgique nous trouvons la semaine sainte, au sommet de la semaine sainte nous trouvons la vigile pascale, et au sommet de notre vigile pascale, nous entendons le sublime chant de l’ « exultet », à la mélodie unique, véritable louange apportée à la lumière dissipant les ténèbres, comme parfaite image du Christ, lumière née de la lumière,  éclairant tout en ce monde. Une phrase alors retentit dans la nuit : « bienheureuse faute…! »

Avons-nous bien entendu ? Oui, le diacre chante : « bienheureuse faute, qui nous mérite un tel Rédempteur ! ». Qu’est-ce à dire ? Devons-nous comprendre que le péché – puisque c’est du péché qu’il s’agit, originel ou personnel – contient en lui-même, le mérite de la Rédemption ? Assurément, non. De même que la nuit ne contient pas en elle-même le principe du jour, le mal ne contient pas en lui-même le principe du bien. La nuit, tout comme le mal, sont des privations, privation de lumière, privation de bien. Le péché, est lui aussi une privation, privation de la grâce, privation de ce sceau, de cette marque, de cette vie divine qui nous unit étroitement à Dieu pour nous le rendre plus proche que nous ne sommes proches de nous-mêmes.

Alors comment devons-nous comprendre cette affirmation hardie, presque provocante pour l’intelligence humaine?

S’il n’est en aucun cas cause de la grâce, le péché est cependant l’occasion pour Dieu de nous montrer sa fidélité et le caractère intarissable de sa miséricorde. Dieu ne veut ni ne cause le mal en ce monde, mais le mystère de Pâques nous montre à quel point le rachat opéré par le Christ ne vient pas seulement rétablir la relation de l’homme à Dieu, il la sublime à cause de son trop grand amour.

Une petite phrase de notre ordinaire de la Messe, qui pourrait passer presque inaperçue si nous n’y prêtons pas attention, nous en donne une idée. Elle est dite par le prêtre à voix basse, lorsqu’au vin qui deviendra par la consécration le sang précieux du Seigneur, il ajoute une petite goutte d’eau : « Dieu qui avez créé la nature humaine d’une manière admirable, vous la restaurez d’une manière plus admirable encore… ».

Oui, la nature humaine rachetée est encore plus belle que la nature humaine seulement innocente, car cette nature bénéficie des mérites obtenus par un sacrifice d’une valeur infinie. De manière analogue nous le constatons dans nos relations humaines : Une fois le pardon accordé, même s’il présuppose une blessure, nous pouvons estimer que l’amitié a, d’une certaine manière, grandi. Dans la vie conjugale, lorsque les époux ont appris à se pardonner, cela suppose qu’ils se sont blessés, mais une fois le pardon accordé, leur amour n’a pas seulement été rétabli, il a grandi, il est devenu plus fort, il est devenu plus beau.

Toute la vie terrestre, toute la mission de Notre Seigneur est un effort. L’effort amoureux de l’époux mystique de nos âmes pour revenir vers nous, après que nous nous soyons détournés de lui. Oui, il ne cherche qu’à regagner notre cœur, pour que nous soyons à jamais fixé dans le sien. Oui, bienheureuse la faute, qui nous mérite un tel Rédempteur.

Abbé Bertrand Lacroix