Éditorial du Mois

A la grotte bénie

            « A la grotte bénie j’ai prié pour vous » : la formule est galvaudée sur les cartes postales et autres souvenirs de Lourdes. Mais là, ce n’est pas une formule de carte postale : je suis nommé à Lourdes.

            La maison de la Fraternité Saint-Pierre là-bas a deux lieux de mission : un apostolat paroissial à Tarbes et une mission d’accueil des pèlerins à Lourdes. Or le sanctuaire ne vit pas au rythme de l’année scolaire, mais de la saison des pélerinages qui va de Pâques à la Toussaint. L’abbé Jacques Olivier, qui est seul depuis quelques mois, a donc besoin de renfort dès maintenant : je le rejoins peu après Pâques.

            Les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre sont mobiles par principe, puisqu’ils ne sont pas liés à un diocèse. Nous n’avons pas de règlements contraignants, mais quand il s’agit de recevoir les affectations, nous devons être entraînés à dire « Fiat » : par les supérieurs, c’est la volonté de Dieu qui s’exprime.

            Je me sens comme un ballon envoyé d’un bout à l’autre du terrain. Joli tir de 900 km : le bon Dieu est un grand joueur !

            Cela demande de la souplesse pour les divers membres de l’équipe :

– Pour vous que je quitte ainsi un peu vite, avec quelques mois à attendre que la Maison Sainte-Odile retrouve un troisième membre ;

– Pour les abbés Moreau et Lacroix qui vont me remplacer dans les activités de fin d’année et le programme d’été ;

– Pour votre serviteur. Avec le grand âge, c’est plus compliqué de déménager !

            Cependant j’espère garder l’esprit scout, et à chaque changement j’entends immanquablement les phrases du Père Sevin (Revue « Le Chef », 1932) : « Le scout n’est-il pas par définition l’homme qui campe et qui décampe, c’est-à-dire l’homme qui est toujours libre, dégagé, prêt à partir, prêt à s’installer, et toujours provisoirement, au gré des circonstances, c’est-à-dire de la Providence ? Le nomade tient-il à son coin de désert ? Il s’inquiète des sources, et c’est tout ».

            En fait de source, je serai gâté. C’est objectivement une grande grâce d’habiter sous le regard de l’Immaculée.

            Je déménage le 29 avril. Le 15 et 16 juin, je reviendrai pour les confirmations et pour mieux dire au revoir.

            Après trois ans d’histoire commune, il me reste à vous saluer bien bas. Que dire sans tomber dans le convenu ou le sentimental ? Ce qui domine est l’action de grâces, pour tous les bienfaits que j’ai reçus du bon Dieu – vous êtes de ces bienfaits – , et pour les quelques cadeaux qu’il a fait passer par mes pauvres mains.

            C’est pourquoi je parlerai de vous à la Vierge Immaculée. N’hésitez pas à me confier des intentions précises : je vais être bien placé ! Et veuillez croire que ma promesse n’est pas une formule : A la grotte bénie, je prierai pour vous.

 Abbé Augustin Cayla