Éditorial du Mois

Droit dans les yeux

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En septembre la question arrive, irrésistiblement : comment donc sera cette année qui « commence » ou qui « recommence » après la coupure de l’été ? Durant ces deux derniers mois, en effet, nous avons vu d’autres visages, exploré d’autres lieux, ri sous d’autres cieux ; mais nous voici maintenant de retour et nous devons regarder cette nouvelle année, droit dans les yeux – avec enthousiasme ou appréhension, peut-être même les deux à la fois. 

Il faut avouer que l’été qui s’achève est venu ajouter quelques poids dans la balance des appréhensions…Les restrictions sanitaires qui se durcissent et se prolongent, la déflagration inattendue du Motu Proprio « Traditionis Custodes » ont fait naître de nombreuses questions. Que vous vous posez. Que vous nous posez.

J’aimerais pouvoir y répondre…J’aimerais pouvoir vous dire quand nous retrouverons notre « vie d’avant », sans masque ni passe sanitaire…J’aimerais pouvoir vous exposer dès maintenant quelles seront les conséquences concrètes du Motu Proprio dans notre vie liturgique. Malheureusement – ou heureusement, d’ailleurs ! – le Seigneur ne m’a pas gratifié du don de prophétie. J’en suis donc, comme vous, à m’interroger : que se passera-t-il dans les prochains mois dans notre cher pays : allégement ou durcissement des restrictions sanitaires ? Quel son de cloche faut-il entendre dans notre Eglise : la dureté de la lettre du Motu Proprio ou bien la douceur de son interprétation pontificale, au micro de la radio espagnole Cope1 ?

Une chose est sûre : il nous faut avancer pas à pas, avec prudence et lucidité – en nous informant sans nous déformer, ni nous surinformer. Soyons curieux sans être anxieux ; cherchons la vérité sereinement, sans être perpétuellement branchés sur les canaux et les réseaux, d’info ou d’intox.

Profitons aussi de cette période pour retrouver le chemin d’un monde bien souvent oublié ou négligé : celui de notre intériorité. Attention ! Non pas comme une fuite ! Il ne s’agit pas de nous dérober aux défis de notre temps, pour nous recroqueviller dans notre petit cocon intime. Mais de descendre – ou de monter ! – à la Source cachée, de redécouvrir cette Présence trinitaire, cette vie divine qui, au centre de notre âme, nous rappellera qui nous sommes vraiment (des êtres faits pour Dieu), nous donnera l’énergie pour aller de l’avant et brillera à travers nous, en tout ce que nous ferons, auprès de tous ceux que nous rencontrerons.

Plus que jamais, l’heure est à la vie intérieure, afin de regarder, droit dans les yeux, les temps que nous traversons – dans l’espérance. Où la trouverons-nous si ce n’est dans le Cœur de Dieu et dans le regard maternel de Notre-Dame ?

Abbé Jean-Baptiste Moreau